DES MOTARDS (A Arthur)

L’on raconte que dans l’armée révolutionnaire de Mao-Tsé-Toung l’esprit égalitaire ayant aboli toute différence entre les uniformes des soldats et ceux des officiers seul un oeil exercé et, surtout, averti pouvait, à quelques menus détails (des stylos dans la poche supérieure de la veste, par exemple), distinguer le rang du militaire.

Il en va de même des motards, groupe humain qui, comme tout autre, s’est donné sa propre hiérarchie que l’examen des machines et/ou des hommes (et femmes !) ne permet pas de connaître.

La fréquentation assidue et ancienne du milieu me permet aujourd’hui de vous révéler cette hiérarchie invisible.

Au sommet de celle-ci les mécaniciens, ceux qui savent déposer et démonter le moteur de leur monture avec un grade supplémentaire à ceux qui sont capables de le faire au bord de la route et encore un grade supplémentaire à ceux qui maîtrisent la (méchante) fée électricité.

Au bas de celle-ci ceux (et, pardon de l’écrire, celles) qui, à part un coup de chiffon de temps en temps, sont bien incapables d’entretenir leur moto.

Entre les deux, à des grades divers, ceux (et, je dois le reconnaître, celles) qui savent faire l’entretien dit « courant » : changer les pneus, retendre la chaîne, faire la vidange, remplacer une ampoule grillée, mais qui se garderaient bien d’ouvrir le moteur ou qui, quand ils l’ont fait, se retrouvent, une fois celui-ci refermé, avec « des pièces en trop« .

Je fais partie de ces derniers.

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Celui-ci fait certainement partie des officiers : il possède un attelage Oural et…il roule, ce qui suppose une compétence mécanicienne avérée

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             (Et l’usure de son pneu avant ne semble pas lui poser problème…)

Hans, allemand de Berchtesgaden rencontré au tombeau d’Omar Khayyam à Nichapour,

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certainement aussi, mais sa belle BMW

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ne tombe jamais en panne !

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Cette charmante italienne, en revanche, a beau faire la maline sur l’Orange Bleue sur fond de cimes enneigées du Pamir

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elle ne doit pas avoir un grade bien supérieur à celui de son propriétaire qui a su immobiliser la béquille (inutile sur un attelage) dont le ressort de rappel avait été arraché au passage d’un gué

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mais pour lequel, cela

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c’est de l’hébreu !

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Aujourd’hui je suis au Kazakhstan, à Almaty (autrefois Alma-Ata), ville magnifique au pied des montagnes…

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(L’on peut penser ce que l’on veut des soviétiques mais en matière d’urbanisme ils s’y entendaient -même si, ensuite, l’entretien manquait souvent de suivi- : Almaty et Bishkek sont des villes aérées, aux larges avenues bordées de grands arbres, marquetées de parcs ombragés dans lesquels la promenade à pied est un vrai plaisir… Il est vrai qu’ils n’étaient pas entravés par la prise en considération -officielle ou officieuse- d’intérêts privés !).

… et j’ai devant moi 1.200 kilomètres de route inconnue jusqu’à Astana, nouvelle capitale du pays, et 2.300 jusqu’à Iekaterinburg, en Russie.

Je ne sais si les pneumatiques tiendront jusque là

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(A comparer avec un pneu neuf ci-dessous.)

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J’ai donc décidé de ne pas jouer à l’officier, ni même au sous-officier, mais de faire appel aux services d’un professionnel en mesure non seulement de changer les pneus (ce que j’arriverais peut-être à faire même si le pneu arrière est difficile à déchausser) mais surtout d’équilibrer les roues* et de vérifier les plaquettes du frein arrière.

Je me suis donc rendu, ce matin, chez
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et bien m’en a pris car si les plaquettes du frein avant pouvaient encore faire quelques milliers de kilomètres
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en revanche celles du frein arrière…
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J’ai également fait poser des pneus neufs à la moto et diminué d’autant la Tour de Pise que je promène depuis Douchanbé
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Le petit gradé (sergent ?) que je suis a bien fait car, en quittant l’atelier, deux motards qui arrivaient d’Astana m’ont annoncé une route effroyable jusqu’à Balqash, soit… 630 kilomètres !

Et moi qui pensait en avoir fini avec les mauvaises routes…

 

Captain (R) Bertie

*Le croirez-vous : en arrivant à Almaty je passe devant une concession KTM flambant neuve regorgeant de motocyclettes de prix. Je m’y arrête et demande si l’on peut poser les pneus neufs que j’apporte avec moi. On peut, mais pas équilibrer les roues, faute de machine ad hoc. Néanmoins l’on téléphone à plusieurs collègues pour trouver celui pouvant faire le travail et l’on finit par en trouver un.

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(Petite devinette : des culasses de quelle machine ?)

9 réflexions sur “DES MOTARDS (A Arthur)

  1. Salut Bebert,
    Almaty !!! Comme tu me donnes envie d’y retourner…!
    J’aime beaucoup cette humble manière de hiérarchiser les motards.
    Il en a changé des pneu et des rayons le Riri (Dumas), sur le bord de la route (et même de l’autoroute…). Sans parler d’interventions plus lourdes, embrayage, transmission…
    Je pense qu’on peut le voir comme un général 5 etoiles et moi son aide de camp…
    j’attend la suite avec impatience. Bon courage pour la remontée vers Astana car je sais que la route est mauvaise…!
    Bonne continuation, enjoy and ride safe !
    François B

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  2. salut mon bebert
    General 5 etoiles, comme vous y allez, moi qui n’ai jamais dépassé le grade d’adjudant. Bon,pour les culasses, j’opterais pour de l’oural… et juste pour emmerder le monde, vu la vitesse à laquelle on roule habituellement sur nos merveilleuses routes du bout du monde, l’equilibrage des roues n’est pas vraiment indispensable, mais qui peut le plus peut le moins !!!
    En general, l’usure se faisant rapidement, l’equilibrage ne le reste pas bien longtemps.
    Mais l’important, ce sont ces images que tu nous offre et les belles histoires que tu nous contes. Tu nous permets, à nous, pauvres mortels coincés dans notre quotidien, de vivre des avetures extraordinaires. Sois-en remercié au centuple. Tu es notre guide et l’orange bleue le vecteur de notre future liberté.
    Merci à toi oh Bebert l’éternel
    Ralentis un peu qu’on ait la joie de te lire encore et encore…
    la bise
    le riri

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  3. Un peu comme toi l’ami, pas vraiment mécanicien, mais quand il faut …
    Et avec les BMW, il ne faut pas souvent car c’est vrai, elles sont en béton.
    J’ai dû faire deux fois de la mécanique : une fois en tout terrain lorsque le garde boue arrière s’est enroulé autour de la roue (regarde la moto de l’ami Hans : c’est la pièce plastique noire ; si on va vraiment hors piste, il faut impérativement la retirer) ; une autre fois en Argentine lorsque sur le circuit du Dakar, je me suis vautré dans un gué en accélérant sur une pierre glissante : l’eau est entrée par le filtre à air et a inondé les cylindres ; il a fallu démonter et faire sécher.
    Rien à voir avec le Riri bien entendu.

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  4. …No comment.. ?!. The only word would be ; Just to thank you , for the pleausure you have done to us , to share your trip and shots with us…..Merci à vous…..

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